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Michael de Montlaur
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Le 17 novembre 2012 à 16 h 39 min   

Le pélican

J’ai retrouvé ce texte écrit par Adelaide de Montlaur (1920 – 2011) :

Montlaur, un peintre du 20ème siècle

Peut-on parler de la peinture ? L’expliquer serait prétendre à ce que le peintre lui-même ne pouvait faire. On pourrait parler un peu du peintre et rappeler quelques idées qu’il avait sur la peinture.

Et ses idées sur la vie et la mort ? Cherchez donc cela dans sa peinture. Vous êtes libre, cher lecteur, d’y voir ce qu’il vous plaira – aussi libre que vous êtes en écoutant la musique.

Chaque peinture fut conçue avec la musique de Bach, parfois de Schubert ou de Beethoven ou d’autres, mais surtout de Jean Sébastien Bach, rejouée indéfiniment – peinture et musique spécifique, intimement liées comme pendant une conversation amoureuse. Le musicien et qui sait quel esprit divin aidaient le peintre à construire, à trouver les justes rapports de couleurs, le mouvement, la vie.

D’où venait Guy de Montlaur ? Par ses ascendants paternels, du midi de la France et plus loin, du Milanais du temps des Visconti. Par sa mère, de la vaste forêt brésilienne, mitigée ou stimulée par des bandeirantes ibériques.

Muni d’une éducation classique à la Sorbonne – Lettres, Philosophie, Histoire de l’Art et Archéologie – la peinture lui était essentielle depuis son enfance.

La guerre et ses exigences le prirent en mains. Montlaur vécut les années désastreuses de 39 dans la Sarre et 40 à travers la France, se battant à chaque moment possible et à contre-courant, avec un reste de corps de reconnaissance motorisé qui dut s’arrêter à Limoges.

Dès qu’il fut libre de partir, il rejoignit les Britanniques par le chemin de Lisbonne et de leur ambassade, jusqu’à Bristol, Patriotic School et l’intégration aux FNFL dans le 4ème Commando de l’armée britannique. Le 6 juin 1944, il débarqua en Normandie et mena la lutte énergiquement, sans peur, instillant aux autres son mépris du danger.

La paix revenue, il était urgent de se remettre à peindre. Alors Montlaur connut Gino Severini qui l’encouragea et lui donna de précieux conseils. Un an et demi passé aux Etats-Unis lui permit d’essayer des préceptes appris de différents maîtres : Souverbie, Lhote, Severini. Apprendre, toujours apprendre. La chimie de la peinture lui était nécessaire. Le segment d’or des hommes de la Renaissance, rappelé par Mathila Ghika et Gino Severini, avait son importance pendant toute sa vie de peintre. Après le cubisme venait ce que l’on appelle l’art abstrait, un terme qui ne lui plaisait guère. N’empêche, à partir de son retour d’Amérique, sa peinture devenait de moins en moins figurative.

En 1949, il se trouvait à Paris, année merveilleuse de renouvellement, de retrouvailles et de rencontres avec les peintres – Chapoval, Soulages, Atlan, Schneider – et de bons amis – Albert Béguin, Raymonde Vincent… Sa première exposition eut lieu rue Gay Lussac chez Lucienne Rosenberg, fille de Léonce.

Avec sa famille grandissante il vécut à Nice, puis à Fontainebleau et enfin à Paris dans un grand atelier rue Saint Senoch.

Son caractère très lucide, droit, intransigeant, portait son poids de déceptions, de douleur profonde. Il avait des yeux qui voyaient juste, qui pénétraient l’âme comme une épée à double tranchant. Il portait en lui la vérité qu’il fallait exposer à tout prix. Il se trouva seul contre vents et marées. Comment exprimer toute cette énergie réprimée sinon en développant sa propre peinture qui se révéla peu à peu. En 1957, avant de partir à Rome, Albert Béguin fut frappé par cette transformation : «  Maintenant vous montrez votre vrai caractère violent ».

Oui, la peinture doit se creuser dans la vie. Elle fait des sillons sur le front, des sillons dans le dos. On a mal aux jambes, aux pieds. On est complètement crevé à la fin d’une journée, tellement on a concentré tout son être à la peinture. Le corps ne comptait pas pendant le travail. Mais après ! C’était comme après une naissance : le vide, la dépression. On avait envie de pleurer sans savoir pourquoi.

Non cette peinture n’est pas superficielle. Elle exige la vie du peintre. Mais quelle vie sublime ! Pas une minute il ne regretta l’acte de peindre. Il fut heureux dans ce royaume-là. Tout ce qui n’était pas peindre lui était difficile. Oui aimer et peindre allaient ensemble. Aimer, souffrir et peindre étaient sa vie. Rire, se battre… Faudrait-il en dire plus ?

 

Sans titre

 

 

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2 commentaires

  1. Connait-on la date de cet écrit? Magnifique.

    Commentaire by Elizabeth — 4 février 2013 à 11 h 51 min

  2. C’était à l’occasion des expositions à Washington et San Francisco en 1994. Tout est juste dans ce texte, magnifique, en effet.

    Commentaire by Michael — 11 février 2013 à 10 h 45 min

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