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Michael de Montlaur
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Le 25 janvier 2013 à 17 h 52 min   

Je m’aperçois que j’ai dû atteindre le point Godwin plus d’une fois dans ce blog. Quand on parle des années 30 et 40, on critique forcément certains régimes si l’on ne pratique pas l’autocensure. Ce que je fais (l’autocensure) dans la phrase précédente : j’aurais préféré dire les régimes fascistes et nazis. Et là, j’atteins le point Godwin. La conséquence immédiate est l’arrêt brutal du débat : « tu as atteint le point Godwin, tu te tais ». La dérive de cette méthode amène au révisionnisme. Le sujet dont me parle mon interlocuteur me gène, je profite qu’il ose utiliser les termes bannis de notre bonne société, je l’interromps, et donc je nie son argument premier et toute une période qui me gène.

J’éprouve ce genre de difficulté quand je défends l’œuvre de Montlaur. Si je tente d’expliquer que ce qu’il exprime provient essentiellement des sentiments que lui inspire la guerre, on me répond que le « marché » ne s’intéresse pas au peintre et à ce qu’il a pu faire dans sa vie. Je n’utilise pas les bons codes et je devrais me censurer et utiliser un langage politiquement correct. Il y a donc une contradiction entre la violence de certains tableaux et la façon d’en parler aux gens qui pourraient les promouvoir. Si moi, en 2013, j’éprouve ce genre de désagrément, je peux imaginer l’état de fureur continue de Guy de Montlaur dans les années 50, et en plus face à des gens qui n’ont pas eu les mêmes combats que les siens au début des années 40.

Il y a eu des exceptions, bien sûr : Colette Allendy, Lucienne Rosenberg, Cesare Silvagni.

De l’oeuvre de Montlaur : faut-il montrer ce qui ne heurte pas comme ceci :

Chemin de fer - Mars 1950

Ou l’expression d’une situation critique, comme cela :

La nuit du 14 au 15 août - 1972

Comme beaucoup de témoins de cette époque de guerre et de massacres, Montlaur a pris du temps avant d’exprimer tout son ressenti. Il ne faudrait pas réduire Montlaur aux années 50. Voici les remarques exprimées par Elizabeth Martin, fille aînée de Guy de Montlaur :

Papa n’a jamais voulu être « catégorisé ». Il citait toujours le cas de Braque qui, ayant réalisé que les gens aimaient ses oiseaux, ne peignait plus grand chose de différent les 10 (?) dernières années de sa vie. Résultat, le public l’associait principalement avec les oiseaux et rien d’autre. Veut-on risquer une association semblable? Son œuvre est un tout, résultant d’un long et douloureux voyage. Pourquoi n’en extirper que ce qui est plaisant et plus facile d’accès?

Par ailleurs, pour la petite histoire, je me souviens avoir lu une coupure de journal datant d’une exposition à Paris (fin 40/début 50) ou le critique estimait que Montlaur n’était pas original. Pas agréable à lire. Vrai ou faux, Papa n’en était qu’au début de son voyage, le critique ne pouvait pas connaître sa progression. Nous avons le privilège de la connaître, et donc le privilège de montrer non seulement ce qu’il faisait en début de carrière, mais aussi le reste qui dément indubitablement le critique d’antan.

 

 

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