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Michael de Montlaur
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Le 25 janvier 2011 à 17 h 01 min   

Début août 1977, j’avais 25 ans, j’étais en vacances à Montlaur. Un après-midi on était aux arènes de Sommières en train de regarder les raseteurs jouer avec les taureaux. Ensuite on est allé boire un coup, tranquilles, au milieu de la foule. Personne ne savait qu’on était là. Il n’y avait, Dieu merci, pas de téléphone portable, à l’époque. On était bien…

Un inconnu vient me voir : « On vous demande au téléphone, au bar »
– Moi ?
– Oui, vous.
N’importe quoi. C’est quoi ces conneries ? Me dis-je. Mais j’y vais, curieux.
– C’est pour vous
– Merci. Allo ?

Et là je tombe sur ma sœur. La télépathie, la magie noire, le hasard, la chance, ou tout simplement une enquête bien menée. Il n’y avait pas non plus, à l’époque de GPS (1978 les premiers satellites GPS).
Elle ne doit pas m’appeler pour me demander si le Vidourle est à sec, c’est sûr.
Non, il faut que je rentre vite à Paris, le papa est au plus mal, hospitalisé à Garches.

Bon, on rentre, la route est longue avec la Mini, la nuit aussi et c’est un miracle si on n’emboutit pas un camion sur l’autoroute dans une montée.

Avant l'horreur - décembre 1966

Le lendemain je me rends à l’hôpital de Garches. Je rentre dans la chambre de mon père. Il est ligoté sur son lit, à moitié assoupi. Ligoté ? Oui, des lanières de cuir aux deux poignets, aux deux chevilles. Une sonde dans le nez. Le choc est rude. L’infirmière et le médecin m’expliquent qu’il a retiré violemment la sonde plusieurs fois et qu’ils ont été obligés de l’attacher. Je suis abattu, hésitant entre l’autorité de la médecine et celle de mon père, redoutable. Celui-ci me commande de le détacher.

– « C’est encore moi le chef » dit-il.

Et moi, qu’est-ce que je fais ? Petit con de 25 ans, je me réfugie dans ma lâcheté et ne cède pas à son ordre. Ou alors, courageux, je lui résiste. Il est bien attaché, je ne crains rien.

Guy de Montlaur est donc resté attaché. Ce que la gestapo n’avait pas réussi à faire, un tortionnaire zélé se prétendant médecin l’avait fait, avec ma complicité.
Est arrivé le 10 août, je suis venu le voir, le matin. Je lui ai dit qu’on était le 10 août. Il m’a répondu : « Tiens ? »

Je savais que tous les ans, le 10 octobre, il rêvait de sa mort. Octobre, octo, huit en latin. Août, huitième mois.

Il devait rêver en latin, car il est mort le soir même.

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