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Michael de Montlaur
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Le 20 octobre 2010 à 16 h 58 min   

En 1929, Guy a 11 ans et il est furieux contre les allemands. Son père est mort des suites des gazages qui l’avaient considérablement affaibli pendant « la grande guerre ». Le souhait de Guy, jeune enfant, est qu’il y ait une nouvelle guerre contre les allemands pour pouvoir se venger. C’est simple la vie à 11 ans.

Dans le milieux aristocrate du côté de Paris XVIème et Neuilly sur Seine, on ne fréquente pas vraiment les « masses populaires ». C’est vrai en 2010, mais dans les années 30, ça ne l’était pas moins. C’est tout naturellement que Guy côtoie des sympathisants de l’Action Française et des Camelots du Roi.

Côtoie mais n’adhère pas. Pourquoi ? Déjà, il aime bien se distinguer et a un sens aigu de la contradiction. Il refuse aussi qu’on lui dicte sa pensée. Si, à 16 ans, il a pu être attiré par les royalistes, à 18 ans son engagement antinazi et antifasciste est définitif : durant l’été 1936, en vacances à Biarritz, il est témoin du massacre des Républicains espagnols par les franquistes assistés par les nazis allemands et les fascistes italiens. A 18 ans, il a affiné la révolte de ses 11 ans.

Toujours avant-guerre, il aura l’occasion de côtoyer un autre milieu que le sien. Tous les matins, avant d’aller étudier la philosophie à la Sorbonne, il va à Maison-Laffitte entraîner les chevaux de courses avec les lads du coin. C’est là qu’il appréciera les p’tits gars de banlieue qui lui apprendront la vraie vie. Cette expérience lui servira pendant la guerre où il était extrêmement apprécié par les hommes de troupe avec lesquels il parlait le même langage. Un respect mutuel les unissait.

Guy de Montlaur - Nice - 1951

Après-guerre il a été choqué par le maintien des préfets vichystes par De Gaulle. Toutefois il s’est vite aperçu qu’on ne pouvait pas éliminer tous les « collabos ». Et d’ailleurs il était scandalisé par les « résistants de la dernière heure » et leur chasse aux sorcières et autres exécutions sommaires. Ayant une totale aversion pour Pierre Laval, il n’a pourtant pas compris cet acharnement à le « ressusciter » après sa tentative de suicide, pour le remettre devant le peloton d’exécution. Tout ça pour dire que Guy de Montlaur n’avait plus rien à prouver quant à la hauteur de son courage, mais qu’il était doté d’une hyper-sensibilité qui le faisait réagir contre ces situations où il fallait laisser au peuple assouvir ses plus bas instincts. Encore une fois, analyser les situations, ne pas se laisser emporter par les effets de masse, garder son propre jugement.

Pendant les années 50 et 60, il a eu de longues discussions avec ses amis de combat, ses amis de la résistance, ses amis qui avaient survécu aux camps de concentration. Je me souviens un peu de quelques unes de ces discussions. C’était une épreuve à chaque fois, pour lui et pour nous, ses enfants. A l’époque, personne ne parlait de ça, la guerre était trop proche. Chez nous, oui, on en parlait. Moi, j’écoutais, je n’avais rien à dire. Forcément, ma conscience politique a du s’éveiller à ce moment là. Je n’étais même pas lycéen…

Il appréciait De Gaulle, évidemment, mais n’approuvait pas sa politique et notamment son attitude vis-à-vis des Anglais et des Américains. Il avait une reconnaissance surprenante pour Staline qui, disait-il, avait été déterminant pour éradiquer le nazisme. Vers la fin de sa vie, il s’est brouillé avec beaucoup, à ce sujet. Il a même voté communiste. Peut-être l’était-il devenu, dans le sens noble du terme, bien sûr.

Toujours est-il que son parcours politique a été atypique. L’époque l’était aussi. L’engagement était fort, dans un sens ou dans l’autre. Il est resté fidèle au sien.

Il y aura encore beaucoup de commentaires politiques à faire sur ce blog, ce n’est qu’un début… !

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Michael de Montlaur
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Le 16 octobre 2010 à 17 h 38 min   

Il finit de combattre en novembre 1944. De retour en Angleterre il est hospitalisé en février et mars 1945 suite aux blessures reçues à Flessingue.
Il revient en France en juillet 1945 et s’installe en Anjou dans le château familiale, La Thibaudière. Sa deuxième fille, Marie y nait en novembre 1945. Un moment tenté de s’y installer définitivement, il y renonce après un violent orage qui abîme une tour de la demeure.
La légende veut, et il nous l’a raconté avec délice, que la nuit précédant son départ, tous les esprits des environs sont venus le voir pour lui souffler à l’oreille : « Reste…… » Il faut dire qu’il les connaissait bien puisque dès l’âge de dix ans, il parcourait les caves de nuit pour se débarrasser une fois pour toutes des restes de peur qu’il pouvait encore avoir. Brrrrr…

L’Amérique le tente et avant son départ, il fait la connaissance de Gino Severini. Plus âgé de 35 ans, celui-ci aura sur lui une influence marquante.

Il traverse l’Atlantique en février 1947 pour New York et le Connecticut (naissance de George en octobre). C’est seulement à ce moment-là qu’il commence vraiment à s’exprimer :

Alcools - 1947

Adelaide de Montlaur - 1948

Cette période américaine était nécessaire pour enfin commencer son métier de peintre et, bien sûr, pour tenter de se reconstruire après ces 6 années de combat. Mais la France et Paris lui manquent.

Il revient avec sa famille en octobre 1948, à Nice.

(à suivre)

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Michael de Montlaur
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Le 14 octobre 2010 à 18 h 20 min   

Voici un texte écrit par Guy de Montlaur à la fin de sa vie.

Jean Atlan était juif, il était aussi l’un des meilleurs peintres de sa génération.

J’ai fait sa connaissance un peu tard dans ma vie. C’était en 1950, au cours d’une exposition faite par moi chez Colette Allendy. Il m’a très vaguement prodigué les compliments d’usage…
Après l’expression traditionnelle qui veut qu’on exprime une sorte de « merci », Jean Atlan, connu de bien peu d’amateurs à ce moment, m’a seulement dit : « Écoute, mon vieux, je ne t’ai jamais vu avant mais j’ai l’impression qu’entre toi et moi il y a quelque chose de commun ».

Il faudrait évidemment avoir en tête la physionomie du Peintre. Heureusement je ne suis pas photographe. Je regarde seulement sa courte taille, ses cheveux un peu crépus, ses sourcils (je devrais dire son sourcil car il était constitué d’une barre noire qui surmontait deux yeux bleus d’une sorte de candeur irréelle), sa gentillesse ( il pouvait toutefois entrer en grande colère si on lui parlait de peintres négligeables) en font quelque chose de malheureusement irremplaçable.

Oh ! J’ai connu bien des peintres. Cela n’importe plus. J’ai connu Jean Atlan et sa femme Denise. Ils étaient plus que suffisants à mon éducation.

En 1942 Jean Atlan avait été accusé par la Gestapo d’avoir tué un soldat allemand. J’avais, depuis 1950, fait amplement connaissance avec lui. Sa franchise (une denrée qui semble se faire rare) avait fait pousser en moi quelque chose – rarement avouée- mais que je détenais depuis 1918 : je veux dire un certain sens de la vérité, souvent exagéré.
Un soir au Select (un bistrot au coin du boulevard Montparnasse et de la rue Vavin – autrefois célèbre auprès d’une certaine pédérastie mais qui était devenu à l’époque un vulgaire café où se rencontraient de pauvres peintres et sculpteurs qui, comme ceux qui pratiquent le même métier, sont parfois en quête d’une amitié qu’on ne peut trouver quand on est toujours seul), j’ai donc demandé à Jean : « Alors, ce boche que tu as descendu, est-ce que tu l’as vraiment tué ? Ou est-ce qu’on t’a seulement arrêté parce qu’on s’est dit : ce vulgaire juif qui enseigne la philosophie au Lycée Saint Louis, comment se fait-il qu’il soit toujours à Paris, alors qu’il devrait être ailleurs ? »
Jean m’a seulement répondu plus tard : « Tu sais, ce genre de choses on ne les connait pas vraiment. Est-ce que j’ai tué ce boche ? Est-ce seulement mon imagination qui me le fait penser ? Je t’aime bien, mais ce que j’ai pu faire ou ne pas faire, maintenant me semble dépourvu d’importance ».

Un ami commun, Ossip Zadkine, lui aussi un Israélite, devenu célèbre surtout à la suite d’une immense statue de bronze (semi-abstraite) qu’on peut voir à Rotterdam – une sorte d’allégorie de cette ville ravagée par les allemands en 1940 – était un ami extrêmement drôle. Un jour, toujours au « Select », une charmante chinoise est venue s’asseoir à notre table (Zadkine, Atlan et moi). Elle portait un nom chinois tout-à-fait imprononçable. Elle avait un charmant sourire. Zadkine, qui avait pourtant une petite difficulté à s’exprimer en français – mais, après tout, s’il savait s’exprimer en sculpture, n’était-ce pas plus que suffisant ? – m’a soudain demandé :

- As-tu jamais couché avec une chinoise ?
– Non.
– C’est dommage. C’est exactement la même chose que de coucher avec une bouteille.
– Je n’ai jamais, non plus, couché avec une bouteille.
– C’est bête. On a l’impression qu’on couche avec une vierge. C’est très étroit au début. Après, ça va tout seul.
La jeune chinoise riait de tout cœur, pas le moins du monde embarrassée par une certaine crudité qui lui semblait familière.

Un matin où Atlan et moi nous promenions Boulevard Montparnasse sous la neige (pendant l’hiver 1952) nous avons appris la mort du grand Paul Eluard. Après en avoir parlé quelque temps, Jean, qui n’avait pas peur de la mort, comme sa peinture et sa vie en témoignent et qui lui préférait la bonne plaisanterie me dit après avoir passé devant un magasin à grande vitrine : – « Est-ce que tu ne trouves pas que je ressemble à un vrai Bicot ? » Il portait un « duffle coat » dont il avait levé le capuchon… Sa réflexion était si juste que nous avons bien ri tous les deux et que même Paul Eluard a disparu d’une certaine tristesse que nous n’aimions pas.

Tout cela s’est passé, au fond, il y a bien longtemps. Zadkine et Atlan sont morts. J’espère que la jeune Chinoise est devenue une vieille Chinoise. Quant à moi qui ne suis encore en vie que grâce au professeur Nenna et à la volonté de Dieu, j’ai pensé que cette petite histoire banale pourrait un jour amuser un éventuel lecteur.

Jean a dû sa courte vie à deux médecins.

Le premier qui avait quelques vagues rapports avec la Gestapo a dit qu’Atlan étant très nettement fou, son lieu de séjour n’était pas un camp de concentration mais plutôt l’Hôpital Sainte Anne.

Le deuxième était un médecin de Sainte Anne qui, voyant le soi-disant fou, agrégé de philosophie et professeur enseignant à Saint Louis, lui conseille de peindre sur les murs de sa cellule « n’importe quoi », d’inonder sa pièce de réclusion de peintures difficilement imaginables.

Atlan n’avait jamais peint de sa vie. Cela est peut-être la preuve qu’il soit devenu ce qu’il est. Ce médecin lui a fait parvenir « Le Procès » de Kafka. La lecture idéale pour Jean en prison pour fous à une époque où les geôliers ressemblaient étrangement aux nazis. Ce médecin, plus tard, est venu prévenir Atlan que son cas intéressait particulièrement les psychiatres allemands – qu’il fallait d’urgence s’évader de Sainte Anne.

Heureusement, on était alors en 1944.

Je n’ai aucun commentaire à faire sur la peinture de Jean Atlan. Je ne suis heureusement pas un critique d’Art. Je ne suis qu’un vulgaire peintre qui a eu l’honneur de connaître le Peintre, l’Homme, le camarade le plus courtois. Ceux qui l’ont bien connu savent qu’avec sa mort la Peinture a perdu.

Il se trouve que l’Art ne meurt jamais.

Jean Atlan n’est pas mort

30 mai 1977

Quae est ista - 1977


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Michael de Montlaur
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Le 4 octobre 2010 à 21 h 34 min   

Le 1er novembre à 03 h 15, le Commando prend place dans les embarcations. A 04 h 40, le L.C.A. de tête (lieutenant D.Rewcastle) largue ses amarres et sort du port. L’objectif était (en code)  » Uncle Beach « , c’est-à-dire Oranje Molen, un moulin dont la silhouette se détachera plus tard sur la ville en flammes. Pendant ce temps, les 19 autres LCA croisent entre Breskens et Flessingue faisant la veille contre les mines et les torpilles humaines. Il n’y a pas d’appui aérien en raison des conditions météorologiques. Seule donne, depuis la rive sud de l’Escaut, une forte concentration d’artillerie qui cesse le feu à 05 h 45 alors que les premières embarcations débarquent leur monde. Le LCA de tête est devant Oranje Molen cherchant l’endroit le plus favorable où débarquer.

A l'improviste - août 1964

A ce moment, à la suite d’une erreur de manœuvre, un LCA de la troupe 1 (lieutenant J. Hunter Gray) dérive sur tribord, heurte un des épis de la défense et coule. Pourtant, la section qu’il transportait parvient au bord du promontoire à l’ouest d’Ooster of Dokhaven, escalade la digue, coupe les barbelés et chasse les Allemands de leurs abris sans qu’un coup de feu soit tiré. Ils posent les bandes blanches qui doivent montrer le chemin à suivre et envoient une fusée lumineuse. Ils font sauter un canon de 77 mm et occupent Oranje Straat après avoir capturé un canon de 50 mm, dont ils se servent pour appuyer leur action. Ils font 25 prisonniers, dont le commandant de la compagnie.

Un des LCA de la troupe 4 (capitaine E.L.K.A. Carr) coule de la même manière par un mètre de fond à une vingtaine de mètres du bord. Il transportait 2 mortiers de 3 inches et un canon de 22 millimètres. Les armes sont récupérées et nettoyées. Elles entrent en action une demi-heure plus tard.

A 06 h 50, un LCA de la troupe 6 (enseigne de vaisseau G de Montlaur) est pris à partie par un Flakvierling situé en bordure de De Honte of Westerschelde, saute, se retourne et coule à une cinquantaine de mètres du bord. Un matelot britannique et 6 hommes du génie sont tués. 2 français sont blessés.

Les défenses de la ville étaient considérables. Toutes les approches du port étaient cernées de barbelés. La digue et les plages étaient protégées par des épis, dont certains portaient à leur extrémité un obus de 77 mm.

Les 2 troupes françaises (5, officier des équipages Lofi et 6, lieutenant de vaisseau Vourc’h) doivent franchir des poteaux de 2,20 m qui protégeaient Ooster of Dokhaven et avaient été rendus glissants par la marée descendante. Tandis que la troupe 5 se dirige vers Spui of Binnenboezem et rencontre une si forte résistance qu’elle ne peut atteindre son objectif, la troupe 6 après avoir fait cinquante prisonniers (des troupes qui occupaient le bureau de poste), dépassé Het Dok, avait atteint l’arsenal. Cette troupe est guidée par le commissaire de Police de Flessingue, qui avait rallié Breskens deux jours auparavant. Elle est appuyée par le feu de la section de mitrailleuses Vickers Armstrong de la troupe d’armes lourdes. Elle a donc atteint son objectif en face de l’arsenal à l’heure prévue : elle tient cet important point fort durant toute la bataille.

Guy de Montlaur, Oranje Molen - Novembre 1944

La section Senée de la troupe 6 avait progressé en tête. La section Montlaur suit, de maison en maison, faisant sauter au plastic les murs qui se trouvaient sur le chemin, de façon à éviter le tir des Flakvierlings et des mitrailleuses ennemies, alertés par la section Senée, et qui prenaient en enfilade la rue qui longe les cales sèches.

A 20 h 30, le brigadier général B.W. Leicester avait donné l’ordre que la troupe 6 évacuât la position. L’artillerie canadienne avait en effet pour mission d’anéantir l’arsenal qui servait de dépôt aux mines marines allemandes. Après avoir pris conseil, le lieutenant de vaisseau Vourc’h refusa cette évacuation. Le tir canadien commençait cinq minutes plus tard et le quartier avoisinant l’arsenal fut rasé. Les mines stockées dans le Het Dok ne sautèrent pas.

Dans la matinée du 1er novembre, un bataillon des King’s Own Scottish Borderers (52nd Lowland Division) avait franchi la digue qui relie Beveland à Walcheren. Ils servirent de renfort au n° 4 Commando et attaquèrent l’ennemi vers 06 h 30, le lendemain.

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