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Michael de Montlaur
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Le 25 avril 2010 à 10 h 15 min   

Montlaur va tout faire pour sortir de France. On peut supposer que l’épisode suivant se déroule début 1942.

Dans la ville, Martin avait acquis la réputation qu’ont les gens « biens ». Il n’était plus palefrenier. Il était maintenant nanti. Personne n’aurait eu l’idée de se demander pourquoi il était nanti. Tout le monde l’était, puisque ce qu’on avait appelé « l’exode » était terminé et que le départ des exilés était un fait accompli. Chacun avait retrouvé son malheur ou son semi-bonheur des années 1939-1940.

Bien sûr il savait que des gens, britanniques, russes (depuis le mois de juillet 1941) mouraient pour quelque chose : mais quoi ? Le goût de la liberté pour eux et leurs enfants ? Pour la démocratie ? La bonne et sinistre blague !

Un jour, il décida d’aller à Tarbes (avec l’argent de Charlotte évidemment). Il y connaissait quelqu’un « d’important » qui fabriquait pour une marque d’automobiles importante, elle aussi, des gazogènes. Appelons cette personne L… Le palefrenier qu’il avait été devint tout d’un coup un relatif expert en gazogènes ! Ce n’était pas un métier difficile, surtout si l’on est arrivé à faire démarrer le matin l’étrange chaudière qui marchait au charbon de bois et si l’on s’est initié aux mystères du « by pass ». Un mois de stage à l’usine était bien suffisant. Et puis, il était aussi payé par le pompeux imbécile L…

L… « Je sais que vous parlez parfaitement le portugais : voici ce que je vous propose. J’ai, en ce moment, un marché avec Lisbonne. Ces imbéciles de portugais ne sont pas fichus de monter un gazogène sur une voiture. Encore moins savent-ils qu’un moteur Diesel est le rêve pour être équipé de la sorte. Vichy vous donnera un passeport. Vous aurez un visa de transit par l’Espagne et un visa d’un mois pour Lisbonne. C’est amplement suffisant. Débrouillez-vous à Port Bou pour aller jusqu’à Barcelone. De Barcelone à Madrid : vous vous débrouillerez aussi. Je peux vous donner, à votre départ de Toulouse, cinq mille francs. »
Martin « Merci, Monsieur »
L… « A votre arrivée à Madrid, passez à tel numéro Calle Arlaban. On vous donnera ce dont vous avez besoin pour aller à Lisbonne. »
Martin « Pardon Monsieur. J’ai vingt-quatre ans. Les Allemands ne laissent sortir de France que les hommes qui ont moins de seize ans ou plus de soixante ans. Il me semble que j’ai le mauvais âge. »

L… « Puisque je vous dis que je m’occupe des questions administratives ne vous occupez pas de ce qui ne vous regarde pas. De plus, on m’a dit que vous n’étiez pas le genre de petit con qui profiterait d’un court séjour à Lisbonne pour aller se joindre à ces cochons d’Anglais. Vous avez déjà reçu la croix de guerre deux fois des mains de deux officiers généraux français. Vous savez où est votre devoir. »

Hélas ! Le pauvre Martin ne savait pas très bien où était « son devoir ». Un devoir, pour lui, était quelque chose d’ennuyeux qu’on s’essaye à faire à l’école.

Chemin de fer - Mars 1950

« Martin » – Montlaur se rendra ensuite à Font-Romeu, puis Barcelone. Il y restera quelque temps, réussissant à communiquer avec les catalans grâce à un savant mélange de portugais et de français. Puis il part à Lisbonne via Madrid.
Le récit reprend :

Trois mois, depuis le 10 juillet 1942, s’écoulèrent à Lisbonne (pas un mois). Chaque semaine, il passait à la P.V.D.E (Policia de Vigilencia e de Defence do Estado) disant qu’il attendait un visa pour le Brésil. Il n’était pas mal vu des policiers portugais : ses papiers étaient en règle. S’ils avaient seulement su que la deuxième visite de Martin (la première étant à un senhor Rosa, garagiste, qui devait lui remettre un peu d’argent) avait été à l’Ambassade de Grande Bretagne ! On lui avait dit là (les britanniques savent une chose ignorée de beaucoup d’autres peuples : la confiance chez eux précède la méfiance) que la bonne connaissance qu’il avait du portugais, que sa nationalité française « régulière » était un atout – que, surtout, il ne connaissait pas l’anglais : tout cela pouvait servir. A quoi ?

Il a passé donc trois mois à Lisbonne à l’Hôtel Internacional de la Praça do Rossio, ou se baignant à Estoril. Faisant quoi ? Dieu seul le saura jamais. Peut-être rien.


Un jour, le 16 octobre, il valait mieux pour lui qu’il prît le Douglas de la K.L.M. Pour Bristol. Il prit l’autocar qui devait le conduire à l’aérodrome de Cintra – à demi-saoul et fatigué.

Le voyage jusqu’à Bristol s’est passé sans encombre. Martin avait pour voisin un prêtre irlandais qui venait de Rome (?). La pratique religieuse chez Martin était, pour le moins, réduite. Il avait tout de même un vague sentiment, une impression d’enfance, que si le vieux bi-moteur devait être abattu : ce serait une bonne chose que d’être assis à côté d’un « curé » et de mourir ensemble. Rien de tel ne se passa.

A l’arrivée, il pleuvait, il faisait un peu plus froid qu’au Portugal. On lui offrit une « nice cup o’tea ». Il la but comme les anciens sires devaient boire l’hydromel.

Un charmant personnage de l’Intelligence Service lui demanda : « savez-vous parler anglais ? »

Martin : « Un petit peu. Mais, comme vous le savez, je suis français. Je parle le portugais relativement bien ».

Le personnage qui interroge : « let’s try your english ».

Martin répondit en anglais aux diverses questions qu’on lui posait.

« Do you know, your english is not bad at all, for a Frenchman. Why is that ? »

Martin expliqua qu’il avait été élevé par une gouvernante irlandaise, née dans le Kent près de Canterbury. Le bonhomme avait l’air d’avoir envie de mourir de rire.

Le pauvre émigré eut alors le privilège d’être accompagné par un policier en civil jusqu’au train, jusqu’à Londres. Ce policier avait fait la guerre de 1914. Il était marié avec une française. A un certain moment Martin eut une envie pressante.

Martin : « Je suppose que vous devez m’accompagner. Je pourrais m’évader, me suicider – que sais-je ? »

L’Autre : « Non. Pas vous »

Arrivé à Paddington Station, à la grande surprise de Martin, une vieille Daimler noire les attendait. A la suite d’un itinéraire parfaitement inconnu de l’étranger qu’il était, l’Autre dit au chauffeur et à son passager aussi :

« Don’t you think it might be a good idea to show the foreigner what a pub looks like ? Let’s have the last one ».

Martin trouvait ça une bonne idée. Il n’avait jamais vu un pub de sa vie. On lui demanda ce qu’il voulait boire. Il dit « une Guiness ». Les autres dirent « Baaah ! Et commandèrent deux bitters ». Quand Martin versa sa bouteille de Guiness : Dieu, quelle catastrophe ! Il fallait même lui apprendre à incliner le verre et même si l’on ne veut pas avoir l’air complètement idiot, on est tout de même repéré par la serveuse et classé comme un « foreigner ».

Il était l’heure pour le patron de dire « Time, Gentlemen ».

Les trois lurons, qui étaient un peu devenus comme des amis depuis qu’ils avaient bu de la bière ensemble, s’en allèrent dans l’annexe de Wandsworth prison. On appelait ce lieu Patriotic School : cela avait été une école pour petites filles. Il n’y avait plus de petites ou de grandes filles. Il y avait des sirènes, à la place. Il y avait la guerre et les allemands.

Il arrive quelquefois que des imbéciles, des maquereaux manqués, fassent un jour partie de ce dont se réclament aujourd’hui les « intellectuels », les prébendiers d’une Liberté dont le nom même a perdu sa signification.

21/11/1972

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Michael de Montlaur
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Le 22 avril 2010 à 12 h 36 min   


Pendant qu’il était à Auch, Montlaur a « repeint »  l’insigne du régiment. Voici une photo de l’insigne qui se trouve peut-être encore sur la porte d’entrée de la caserne Espagne à Auch.

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Le 21 avril 2010 à 17 h 53 min   

A partir de juillet 1940, et d’après ses Etats Signalétiques de Services, Montlaur est donc palefrenier au dépôt de Cavalerie n° 25 à Limoges. Le 3 octobre 1940 il est au 2ème régiment de Dragons basé à la caserne Espagne à Auch. Il est hospitalisé du 2 au 18 décembre 1940. Le 3 mars 1941 il est nommé Maréchal des logis. Il retourne à l’hôpital en septembre 1941 puis est libéré le 30 septembre et rayé des contrôles le 1er octobre 1941.

sans titre - mai 1954

En décembre 1976, il écrit ce qui lui est arrivé trente cinq ans plus tôt à Paris : Odile

Voici une photo du bonhomme de Bourdelle et quelques explications sur les trois vertus théologales

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Le 16 avril 2010 à 23 h 17 min   

Mater Dei, 1963

Début juillet 1940, Montlaur se retrouve à Limoges.

Ce n’est qu’une trentaine d’années plus tard (1969) qu’il relate cet épisode de trois mois.
Pour essayer de comprendre l’état dans lequel il se trouve, il faut rappeler qu’il n’a que vingt et un ans, qu’il a combattu sur le front et effectué des raids périlleux en territoire allemand, qu’il y a attrapé une pleurésie, qu’il a traversé la France d’est en ouest, du nord au sud, tout en combattant les troupes allemandes jusqu’au 24 juin, après l’armistice.

Empêché de combattre, il échoue à  Limoges

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Michael de Montlaur
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Le 12 avril 2010 à 17 h 15 min   

Avant de parler de 36, il faut remonter au 6 février 1934. Guy était à l’école Sainte Croix de Neuilly et ses collègues fréquentaient plus l’Action Française que le Parti Communiste. Le 6 février 1934, il se retrouve entraîné à 15 ans dans une manifestation qui va le marquer durablement. Il refuse de se laisser embarquer dans une mouvance d’extrême droite contraire à sa morale catholique. En 36, en vacances à Biarritz, il voit de ses propres yeux les effets de la guerre civile espagnole. Ses convictions se trouvent renforcées par l’intervention des fascistes italiens et des nazis au côté des putchistes franquistes. En fait, il est convaincu depuis longtemps et malgré son jeune âge qu’il faudra probablement encore se battre contre les allemands. Il a tendance même à le souhaiter : c’est son vœu lors de sa confirmation.
Il a aussi un esprit de vengeance par rapport à son père dont la santé a été gravement altérée par les gaz de combat de la guerre de 14-18 et qui est mort jeune, à cinquante ans. Et puis, à l’époque, il semblait naturel à certains de combattre certaines idées. Il aura l’occasion physique de le faire plus tard.

1936 c’est l’année de sa rencontre avec Adelaide Piper Oates, née à New York en 1920. Elle traverse l’Atlantique à seize ans pour étudier les beaux-arts à l’Académie Julian. Elle repère ce beau jeune homme et accepte une première invitation à déjeuner. Ce qui a été déterminant dans leur entente est l’extrême lenteur avec laquelle ils déjeunaient. Enfin, c’est ce qu’ils aimaient à raconter. Elle habitait rue de Vaugirard, chez Mademoiselle Dercourt, je crois, qui lui a appris le français qu’elle parle toujours parfaitement.
Le service militaire puis la guerre va les séparer. Cinq ans. Adelaide travaille au MoMA de New york de novembre 1940 à novembre 1942 puis au State Department, Office of War Information, 57th St New York jusqu’en mai 1943. Elle décide alors de retourner en Europe pour être plus près de Guy. Courageuse ou inconsciente ? Peut-être tout simplement amoureuse. Elle se rend à Lisbonne, pays neutre ayant une liaison aérienne régulière avec l’Angleterre.
Elle doit prendre le vol Lisbonne Bristol le 2 juin 1943. Le 1er juin 1943, ce même vol est abattu par l’aviation allemande dans le Golfe de Gascogne. Aucun survivant. Parmi les victimes, l’acteur anglais Leslie Howard.

Elle décide malgré tout de prendre le vol suivant, le lendemain. Un autre point commun qu’ils avaient tous les deux est cette absence de peur, toujours.

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Le 10 avril 2010 à 14 h 45 min   

parcours mai juin 40

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Le 8 avril 2010 à 22 h 24 min   

+ incorporé le 3 novembre 1938 au 3è de Hussards, au groupe d’Escadrons en garnison à Sarreguemines (Moselle) et commandé par le Chef d’Escadron de Louvel-Lupel.

Caserne de Sarreguemines

+ détaché 8 jours plus tard au P.P.E.O.R. commandé par le Lieutenant de Sèze, au 18è Rgt. De Chasseurs à Cheval à Saint Avold (Moselle).

+ retour au 3è de Hussards à Sarreguemines en avril 1939. Nommé Brigadier-chef.

+ le 24 août 1939, les deux escadrons de Sarreguemines (l’un à cheval – celui de G.M.- l’autre composé de motocyclistes) plus deux escadrons de réservistes et un escadron d’engins d’accompagnement sont constitués en un groupe de Reconnaissance de Corps d’Armée, le 15è G.R.C.A. Cette unité commandée par le Colonel Azaïs se porte immédiatement sur une position située à l’Est de Sarreguemines, sur la ligne frontière.

+ le 7 septembre, le 15è G.R.C.A. fait mouvement sur le village lorrain de Grossbliederstroff. Les cavaliers sont alors à pied. Ils s’enterrent aussitôt dans un petit bois qui domine la Sarre, à 1km environ du pont frontière.

+ le 9 septembre, à 7h du matin, après une préparation d’artillerie, le 15è G.R.C.A. passe le pont miné qui relie le village lorrain au village allemand de Kleinblittersdorff et attaque. Vif engagement au début de la matinée. Aide reçue sur le flanc droit par une compagnie d’un bataillon de Chasseurs à Pied. Combats sporadiques dans l’après midi. Timide contre-attaque d’autos mitrailleuses allemandes vers 9h du soir. L’une d’elles est détruite par un canon de 25mm. Le 15è G.R.C.A. tiendra la position une semaine environ et sera relevé.

+ Envoyé au repos à Silzheim (Bas-Rhin), il y restera jusqu’à la fin septembre.

+ Le 30 septembre, il franchira à nouveau l’ancienne frontière franco-allemande et ira prendre position à côté des bâtiments de la brasserie de bière de Walsheim. Secteur difficile à tenir en raison d’une pluie constante qui remplit d’eau les trous individuels et de nombreuses incursions d’unités de S.S. dans les lignes françaises.

+ le 13 octobre, le 15è G.R.C.A. fait un raid sur le village d’Herbitzheim tenu par les allemands. Il met le feu au village qui brûlera pendant deux jours.

+ le 16 octobre attaque générale des allemands contre toutes les troupes françaises en position en territoire allemand. Au cours de la nuit du 16 au 17, il se repliera de l’autre côté de la Blies (« sur des positions préparées à l’avance » suivant l’expression à la mode à cette époque). Épisode difficile pour G.M. qui, resté seul du « mauvais côté » de la Blies avec le Commandant de Lupel, un Maréchal des Logis, deux hommes et une mitrailleuse Hotchkiss, s’apercevra que le Génie vient de faire sauter le pont de bateaux sur lequel il avait l’intention de traverser la Blies en crue. En fin de compte, vers 3 heures du matin, les cinq cavaliers ne devront d’avoir la vie sauve qu’au dévouement du Lieutenant de Quénetain qui, une corde attachée à son ceinturon, traversera la Blies à la nage pour aller les chercher. C’est au cours de cette nuit que fut fait prisonnier le poète Patrice de La Tour du Pin. Il faisait partie du 33è Groupe de Reconnaissance de Division d’Infanterie qui opérait en jonction avec le 15è G.R.C.A.

+ le 17 octobre, le 15è G.R.C.A. prend position dans un bois à 2 km environ de Bliesbruck. C’est à ce moment que la mode se répand dans les unités de constituer des Corps francs. Un Corps franc est constitué dons dans l’unité de G.M., et dont ce dernier fera partie. Il est commandé pendant quelques jours par le Capitaine de Chazelles et puis, et surtout, par le Capitaine de Castries. Il comporte une vingtaine d’hommes et de sous-officiers. Le Capitaine de Castries fait affûter les sabres-baïonnettes (modèle 1916), une assez bonne idée qui permettra à G.M de tuer sans effort un Allemand pourtant revêtu d’une veste de cuir, le 8 novembre. Les raids consistent essentiellement à traverser la Blies montés sur deux ou trois « sacs Haber » (il s’agit d’un énorme sac de toile que l’on bourre de paille) et à aller se promener sur l’autre rive  et notamment dans la partie allemande du village de Bliesbruck. Les raids sont riches en épisodes cocasses – dus pour la plupart à la personnalité de Christian de Castries. Mais l’hiver devient soudain très froid, la neige glacée recouvre tout et par un matin de janvier 1940 où le Lieutenant-General Lord Gort passe en revue l’unité, le thermomètre atteint -33°.

+ 21 janvier, départ de G.M en permission.
+ 31 janvier hospitalisation de G.M. à Angers. Pleurésie.
+ 1 mars, départ de l’hôpital pour une convalescence de 3 mois… mais
+ 10 mai 1940. G.M. quitte Paris pour Angers afin d’obtenir du Médecin Colonel qui l’a soigné l’autorisation de rejoindre son unité. Départ d’Angers dans la soirée.
+ 11 mai, interdiction de rejoindre unité au combat. Dans le soirée, arrivée au dépôt de Baccarat (Meurthe et Moselle).
+ 12 mai équipé et affecté au 34è G.R.D.I. vers lequel l’équivalent d’un escadron de Dragons-portés est dirigé la nuit-même – mais qu’il ne rejoindra jamais car
+ le 13 mai, dans la gare de triage de Revigny (Meuse) où l’on attend depuis plusieurs heures ; le convoi de chemin de fer est anéanti par les Stukas.
+ 14 mai, ce qui reste des Cavaliers est rassemblé et dirigé sur le Centre de Regroupement de Dragons-Portés d’Angers.
+ 18 mai, arrivée au C.R.D.P à Mazé (Maine et Loire). G.M. retrouve Bertrand de Guébriant avec qui il dînera ce soir là et le lendemain à Montgeoffroy.
+ 20 mai, départ avec un petit groupe pour Montlhéry.
+ 21 mai arrivée à Montlhéry. G.M. passe deux jours dans l’inaction la plus totale. Et les bruits circulent : il n’y a pas d’armes, pas de munitions, pas de véhicules. Mais il y en a… à Orange (Vaucluse).
+ 23 mai, départ pour le CRDP d’Orange en wagon à bestiaux.
+ 26 mai, arrivée à Orange.
+ 28 mai, départ d’Orange (toujours en wagon à bestiaux)… pour Montlhéry.
+ du 28 mai au 9 juin, voyage vers Montlhéry.
+ du 9 juin au 13 juin, inaction. Nommé Maréchal des Logis.
+ 13 juin, transporté en camions de Montlhéry (plus exactement Arpajon) jusqu’à la Gare Montparnasse. Les Allemands rentreront à Paris ce soir-là. A la Gare Montparnasse, les cavaliers apprennent qu’ils sont dirigés sur… Angers.
+ 14 juin, arrivé en gare d’Angers, G.M. emprunte une moto et fait un tour à la Thibaudière qu’il trouve occupée par une dizaine de moines bénédictins de l’Abbaye de Solesme. Il se fait conduire par sa sœur à Mazé dans la soirée. Il a appris qu’on n’a pas de nouvelles de son frère depuis le 10 mai.


+ 15 juin, tout le C.R.D.P. de Mazé se replie, d’abord vers Angers, puis vers le sud – à pied.
+ 15 juin, vers 11 heures du soir, au cours d’une halte, G.M. emprunte un fusil-mitrailleur et six chargeurs qui se trouvent dans un des rares camions. Il emprunte aussi un militaire corse du nom d’Armando Baldacci. Il décide de quitter ses compagnons et de se diriger vers le nord. Il atteint Gennes vers 3 heures du matin et, au lieu des avant-gardes allemandes qu’il s’attendait à y rencontrer, il se trouve face-à-face avec un maréchal des logis appartenant à une petite unité qui s’intitule pompeusement 129è G.R.D.I. bien qu’elle soit seulement composée d’un peloton de D.P. (2 camions Chevrolet), d’un peloton moto (Indian) et d’un peloton comprenant deux canons de 25 remorqués par camion. L’ensemble est commandé par un Capitaine Dumont. G.M. se présente et présente son Corse au Capitaine Dumont. Il déclare avoir eu mal aux pieds et, n’ayant pu suivre les militaires du C.R.D.P, avoir décidé de faire machine arrière. Accueil fort aimable.
+ 16 juin : pour la première fois depuis sa maladie, G.M. se trouve dans une unité combattante. Engagements avec des unités légères d’avant-garde allemandes toute la journée. La nuit, mouvement vers Saumur qui est sur le point d’avoir son heure.
+ 17 juin, Doué-la-Fontaine. G.M. fait prisonnier un motocycliste allemand.
+ 18 juin au 22 juin, escarmouches avec les avant-gardes allemandes. L’unité perd son peloton de canon de 85. Egaré, découragé ou détruit : G.M. n’a jamais su. Route en zigzag vers le sud, par les chemins de terre.
+ 22 juin à 5 heures du matin, arrêt à Mazières-en-Gâtine (Deux-Sèvres) que le Capitaine Dumont décide de “tenir”, en attendant des ordres qu’il ne reçoit jamais. 8h15, une auto-mitrailleuse allemande, elle est sans coupole, surmontée d’une sorte de parasol de toile qui doit préserver ses occupants des intempéries se présente en haut de la crête par où, du Nord, on pénètre dans Mazières. Les auto-mitrailleuses sont munies de pneus gonflés d’air, comme ceux – ou presque – d’une voiture ordinaire. G.M. et son Corse l’immobilisent à la première rafale (pneus crevés). Tir assez précis sur les occupants (4). Il ne reste qu’un seul blessé : un certain T. D., 22 ans, feldwebel. Il est achevé par les soins de G.M. Le fusil mitrailleur est mis en position au-delà de l’auto-mitrailleuse détruite, dans un tournant. Une seconde A.M. se présente environ trois quart d’heures plus tard. Rafale moins bien ajustée. L’A.M. repart en inverseur tandis que 3 de ses occupants cherchent à s’enfuir à travers champs et n’y parviennent pas. Il semble que seul le conducteur ait fait preuve de sang-froid. Une heure plus tard, apparaît une 302 Peugeot recélant en ses flancs un Colonel français d’infanterie, son ordonnance et leur butin. G.M. fait descendre de voiture les deux personnages et prend leur place, toujours accompagné de son Corse. Il part à la recherche de l’auto-mitrailleuse qu’il n’a pas su détruire. Il la retrouve environ 2 km plus loin, abandonnée sur le côté de la route. Une grenade incendiaire placée où il fallait termine le travail. La Peugeot est rendue à son propriétaire. – Cette petite histoire est relatée (moins les détails concernant le Colonel d’Infanterie et d’une manière à la fois plus sobre et plus pompeuse) dans la citation de G.M. à l’ordre de la 119è Division d’Infanterie en date du 22 juin. (G.M. pense que son Capitaine avait pu, au moins ce jour-là, entrer en contact avec ses supérieurs). G.M. malheureusement ne possède pas le texte de cette citation qu’il serait pourtant facile de retrouver au Journal Officiel de l’époque. La croix de guerre (étoile d’argent) dont on l’a récompensé lui a été remise – assez curieusement- devant le Château de Pompadour, sur la pelouse du champ de courses par le Général Weygand au début du mois de juillet suivant.
Après les incidents de la matinée du 22, le Capitaine commandant l’unité pense qu’il est plus prudent de quitter Mazières, non sans avoir fait enterrer les 7 cadavres.
+ 23, 24 juin : en zigzag par les chemins de terre jusqu’à Montbron (Charente) où parvient la nouvelle du cesser le feu demandé par le Maréchal Pétain.
Une autre citation – celle-là à l’ordre du Régiment (Ordre n°1 du 28 juin 1940) couvre la période que G.M. a passée en opérations avec le 129è G.R.D. Elle est toujours inscrite sur un des lambeaux de son livret militaire.


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Michael de Montlaur
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Le 6 avril 2010 à 13 h 48 min   

1932

Je sortais de l’hôpital d’Angers où j’avais été soigné pour une petite maladie contractée en décembre 1939 à Herbitzheim (Haut Rhin)
Je souffrais seulement de ce qu’il est convenu d’appeler « un léger état dépressif ». Avant l’heure réglementaire du petit déjeuner, je m’habillais rapidement. J’allais tout de suite au lieu de mes « méditations » infantiles : un petit pré, derrière le jardin de la Thibaudière – là où tout le monde savait que j’allais quand la solitude était mon seul désir.
Allongé sur le dos, je voyais mars se lever sur un ciel un peu bleu, mais strié de nimbus roses. Ce ciel me donnait à penser au Ciel. J’avais seulement vingt et un ans. Pourquoi ne croyais-je plus en Dieu ? Pourquoi pensais-je qu’il n’y avait rien dans cette nature si belle ?
Ma sœur, morte maintenant, alors, avec son joli prénom de Marie Antoinette est venue « skipping » gentiment. Comment savait-elle que j’avais quitté le château ? Mais elle savait où me trouver quand j’étais seul et triste.
« Je ne connais pas de plus grand bonheur que de marcher pieds nus dans la rosée ». Voilà comment j’ai su que je n’étais plus seul.
Elle s’est penchée sur moi et m’a embrassé sur les lèvres. Cette familiarité n’avait rien d’étrange : c’était la première fois qu’elle se le permettait – ce fut aussi la dernière.
Elle a pensé que j’avais l’air si triste et délaissé qu’aucun mot n’aurait pu effacer ma détresse. Elle m’a embrassé, pensant avec une simplicité merveilleuse qu’elle ne pouvait faire mieux.
Je me suis assis, et ce désespoir ridicule qui m’afflige trop souvent avait disparu. Il n’y avait rien à dire, ni à Dieu, ni à ceux qui sont faits à son image.
Dieu était revenu.
Marie Antoinette, toujours gambadant, avait disparu, disant encore « Tu ne peux pas t’imaginer comme il fait bon de se balader pieds nus dans l’herbe mouillée ».

Guy
10/12/75

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