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Michael de Montlaur
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Le 12 avril 2010 à 17 h 15 min   

Avant de parler de 36, il faut remonter au 6 février 1934. Guy était à l’école Sainte Croix de Neuilly et ses collègues fréquentaient plus l’Action Française que le Parti Communiste. Le 6 février 1934, il se retrouve entraîné à 15 ans dans une manifestation qui va le marquer durablement. Il refuse de se laisser embarquer dans une mouvance d’extrême droite contraire à sa morale catholique. En 36, en vacances à Biarritz, il voit de ses propres yeux les effets de la guerre civile espagnole. Ses convictions se trouvent renforcées par l’intervention des fascistes italiens et des nazis au côté des putchistes franquistes. En fait, il est convaincu depuis longtemps et malgré son jeune âge qu’il faudra probablement encore se battre contre les allemands. Il a tendance même à le souhaiter : c’est son vœu lors de sa confirmation.
Il a aussi un esprit de vengeance par rapport à son père dont la santé a été gravement altérée par les gaz de combat de la guerre de 14-18 et qui est mort jeune, à cinquante ans. Et puis, à l’époque, il semblait naturel à certains de combattre certaines idées. Il aura l’occasion physique de le faire plus tard.

1936 c’est l’année de sa rencontre avec Adelaide Piper Oates, née à New York en 1920. Elle traverse l’Atlantique à seize ans pour étudier les beaux-arts à l’Académie Julian. Elle repère ce beau jeune homme et accepte une première invitation à déjeuner. Ce qui a été déterminant dans leur entente est l’extrême lenteur avec laquelle ils déjeunaient. Enfin, c’est ce qu’ils aimaient à raconter. Elle habitait rue de Vaugirard, chez Mademoiselle Dercourt, je crois, qui lui a appris le français qu’elle parle toujours parfaitement.
Le service militaire puis la guerre va les séparer. Cinq ans. Adelaide travaille au MoMA de New york de novembre 1940 à novembre 1942 puis au State Department, Office of War Information, 57th St New York jusqu’en mai 1943. Elle décide alors de retourner en Europe pour être plus près de Guy. Courageuse ou inconsciente ? Peut-être tout simplement amoureuse. Elle se rend à Lisbonne, pays neutre ayant une liaison aérienne régulière avec l’Angleterre.
Elle doit prendre le vol Lisbonne Bristol le 2 juin 1943. Le 1er juin 1943, ce même vol est abattu par l’aviation allemande dans le Golfe de Gascogne. Aucun survivant. Parmi les victimes, l’acteur anglais Leslie Howard.

Elle décide malgré tout de prendre le vol suivant, le lendemain. Un autre point commun qu’ils avaient tous les deux est cette absence de peur, toujours.

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Michael de Montlaur
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Le 6 avril 2010 à 13 h 48 min   

1932

Je sortais de l’hôpital d’Angers où j’avais été soigné pour une petite maladie contractée en décembre 1939 à Herbitzheim (Haut Rhin)
Je souffrais seulement de ce qu’il est convenu d’appeler « un léger état dépressif ». Avant l’heure réglementaire du petit déjeuner, je m’habillais rapidement. J’allais tout de suite au lieu de mes « méditations » infantiles : un petit pré, derrière le jardin de la Thibaudière – là où tout le monde savait que j’allais quand la solitude était mon seul désir.
Allongé sur le dos, je voyais mars se lever sur un ciel un peu bleu, mais strié de nimbus roses. Ce ciel me donnait à penser au Ciel. J’avais seulement vingt et un ans. Pourquoi ne croyais-je plus en Dieu ? Pourquoi pensais-je qu’il n’y avait rien dans cette nature si belle ?
Ma sœur, morte maintenant, alors, avec son joli prénom de Marie Antoinette est venue « skipping » gentiment. Comment savait-elle que j’avais quitté le château ? Mais elle savait où me trouver quand j’étais seul et triste.
« Je ne connais pas de plus grand bonheur que de marcher pieds nus dans la rosée ». Voilà comment j’ai su que je n’étais plus seul.
Elle s’est penchée sur moi et m’a embrassé sur les lèvres. Cette familiarité n’avait rien d’étrange : c’était la première fois qu’elle se le permettait – ce fut aussi la dernière.
Elle a pensé que j’avais l’air si triste et délaissé qu’aucun mot n’aurait pu effacer ma détresse. Elle m’a embrassé, pensant avec une simplicité merveilleuse qu’elle ne pouvait faire mieux.
Je me suis assis, et ce désespoir ridicule qui m’afflige trop souvent avait disparu. Il n’y avait rien à dire, ni à Dieu, ni à ceux qui sont faits à son image.
Dieu était revenu.
Marie Antoinette, toujours gambadant, avait disparu, disant encore « Tu ne peux pas t’imaginer comme il fait bon de se balader pieds nus dans l’herbe mouillée ».

Guy
10/12/75

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Michael de Montlaur
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Le 5 avril 2010 à 23 h 41 min   

La Thibaudière, le lavoir de l'île

En ce deux janvier 1968, moi qui sais ma mort prochaine, j’ai bien le droit de penser (non sans un timide amusement) à l’attitude, quand j’aurai cessé d’être ici, des gens qui m’ont assez vu pour savoir que j’existais.
D’abord, ma femme et mes enfants feront semblant d’oublier le mauvais caractère que j’avais. Ils s’efforceront à se rappeler quelque gentillesse, tout à fait occasionnelle de ma part : négligeant les fréquentes colères où je me mettais. Mes amis (je n’en ai point… je n’en ai plus) auront pour moi la pensée d’usage.
Je serai heureux que Dieu veuille m’épargner la vision du macchabée saugrenu que, comme tout le monde, je ferai.
Tout cela n’est qu’un préambule à ce qui s’est passé à la fin de l’été 1929. J’avais onze ans. Mon père venait de mourir. Et moi qui n’avais pas eu le temps de vivre beaucoup, je savais mal la signification de la mort. (La mort qui, il y a trente et un ans avait choisi la nuit de Noël pour frapper mon seul ami qui décidait de se tuer d’un coup de carabine dans le cœur – 1936). La mort « is no stranger to me ».
Et mon père, en ce quatorze septembre 1929, mourait le soir à neuf heures moins le quart. Je l’avais connu presque toujours gai. Il n’était plus maintenant qu’un morceau de bois dans son lit.
Ma mère, ma sœur et mon frère pleuraient. Et moi qui ne pouvais pleurer j’avais comme une honte de ne pas faire comme les autres. J’avais beau me frotter les yeux de mes poings, espérer que quelque larme coule ou qu’au moins la rougeur de ces miroirs donne à penser que j’avais épuisé le fonds de ma douleur. En vain.
Le lendemain et les quatre jours qui suivirent, nous les avons passés, ma cousine Dauphine et moi à courir dans les bois. Les taches d’or du soleil traversaient le feuillage encore vert de cette Grande Allée : la peinture de tous mes rêves rendaient nos yeux plus bleus que la vie et le ciel. A midi, le soir, nous revenions pleins de bonheur, d’espoir, de joie. Pénétrant dans la vieille maison qui craquait de toutes les plinthes de ses parquets secs, nous marchions sur la pointe des pieds de peur de… quoi ? Nous faisions semblant de prier devant le morceau de bois qui avait été mon gentil père. Il était là, on ne savait trop pourquoi, entre deux draps tout blancs.
Il y avait deux bonnes sœurs agenouillées sur des prie-Dieu. Une fois, comme j’avais demandé à l’une d’elle quel était son nom de famille, si elle avait été mariée puisqu’elle portait une alliance : la silhouette me répondit seulement que j’étais mal élevé.
Enfin, le jour de l’enterrement est arrivé. C’était à l’église du village. Je n’ai pas fini d’oublier le « Libera me Domine, de morte aeterna »
Le lendemain,19 septembre 1929, on m’avait laissé seul avec mon cousin Jacques. Nous étions dans la Chambre Rouge. La fureur, non la Tristesse, s’est emparée de moi. J’ai commencé à jeter par la fenêtre (et Jacques, plus jeune que moi, m’a imité) tous les objets qui se trouvaient dans la pièce. Ils s’en allaient briser sur le perron.
C’est alors que j’ai compris seulement de quelle manière on peut souffrir.
Notre vie n’est-elle pas étrange qui peut provoquer des effets si dissemblables chez l’un, chez l’autre ? « Fiat voluntas tua, sicut in coelo et in terra ».

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Michael de Montlaur
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Le 30 mars 2010 à 18 h 50 min   

Guy de Montlaur, 1928

Montlaur est né à Biarritz, le 9/9/18.
Pablo Picasso n’était pas loin, à la villa de la Mimoseraie où il passa l’été 1918 à l’invitation d’Eugenia Errazuriz.
Montlaur est né avenue de la Reine Victoria. Sa mère, Alice Pereira Pinto passa les quatre années de la guerre au milieu de l’importante colonie brésilienne de Biarritz.

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