login
Michael de Montlaur
login
Le 6 septembre 2017 à 20 h 26 min   

Voici un extrait de ce que le S.M. Guy de Montlaur écrit à propos du 10 juin 1944 :

Contre-attaque Allemande du 10 juin

Le 10 juin, après une nuit relativement calme (si l’on ne tient pas compte des inconvénients qui sont ceux d’une « guerre de positions » – et bien que ces positions soient seulement vieilles de 3 jours) les Fusiliers-Marins Commandos étaient en train de prendre un paisible petit déjeuner à base de chocolat (des rations K) et de bon lait normand, quand le tir allemand commença. C’était toujours le même calibre : 88 mm. Un bon nombre des hommes de la troupe 5 se trouvaient dans la ferme du PLEIN. On n’avait laissé à chaque BREN gun qu’un tireur et on se relayait pour, à tour de rôle, boire son chocolat et manger ses tartines de bon pain français (fabriqué sur place, par les habitants) bien beurré. Petite note personnelle : une tuile est tombée sur ma gamelle de bon chocolat au lait (préparé par GABRIEL) pendant que je suis sorti repérer un sniper.

Il était environ 06h30. L’ennemi avait évidemment choisi la ferme comme objectif. Les tuiles des toits commençaient à descendre dans la grande cour quand les Commandos regagnèrent chacun la position qui leur avait été assignée. Le S.M. qui commandait la troupe 5 était à l’extrême droite du dispositif, en liaison avec les K.guns, quand un obus démolit le haut du clocher de l’église du PLEIN. La gauche de la position était plus étoffée en armement grâce aux deux mitrailleuses Vickers. Très vite le feu allemand devint intense. De gros éclats rouges et fumants tombaient sur les tranchées des français qui avaient été soigneusement repérés depuis le 6. Le matelot Louis BÉGOT entre autres, servant du Bren gun de droite eut le maxillaire inférieur arraché et dut être transporté jusqu’à l’église du PLEIN dans une brouette. (Il fut d’ailleurs emmené en jeep jusqu’à Arromanches, embarqué pour la Grande Bretagne. Opéré une première fois le jour même, il devait après une longue suite d’opérations avoir une mâchoire artificielle. Deux ans furent passés à l’hôpital de East Grinstead, Sussex, où il fut admirablement traité par le célèbre chirurgien Sir Archibald McIndoe… On alla jusqu’à lui greffer le bras sur la figure.)

Il y eut aussi trois tués et deux autres blessés, ce qui est peu, si l’on tient compte de ce qui se préparait.

Il était 08h00 – soit après une heure et demi de bombardement intensif – « les Allemands… attaquèrent avec deux forts bataillons dans le but de chasser la Brigade du relief de terrain dont le point stratégique était Le PLEIN » (The story of the Commandos, par Hilary St. Georges Saunders, P.272). Ces deux bataillons avaient un effectif de 1400 hommes. La troupe 5 qui tenait Le PLEIN était composée à 08h00 de 19 hommes (plus les servants des deux mitrailleuses Vickers et leur officier). La section K.guns et la troupe 8 pouvaient tirer les attaquants sur leur flanc gauche. Le N°3 Commando sur le flanc droit. Mais le point « névralgique » si l’on peut dire, Le PLEIN, était singulièrement dégarni. Deux autres Fusiliers Marins furent alors blessés ce qui réduisit la troupe à 16 officiers mariniers, Q.M. et matelots.

Le Brigadier Général Lord Lovat donna alors l’ordre au N°3 Commando de contre-attaquer. Il faut signaler qu’à ce moment les hommes de la 12ème SS Hitlerjugend avançaient lentement par bond – donnant l’impression qu’ils savaient bien utiliser le terrain et qu’ils savaient aussi que le nombre de leurs adversaires occupant Le PLEIN était assez limité.

Le N° 3 Commando était commandé par le Lieutenant Colonel Peter Young (29 ans, D.S.O., M.C., + 2 bars). En dépit de son jeune âge, il savait à quoi s’en tenir en matière de combat. La légende voulait qu’à Salerne il ait débarqué le premier de son unité suivi de son Adjudant Major… il y avait aussi Vaagso.

Il lança sa contre-attaque à 10h00 à partir du Château d’AMFREVILLE, direction plein sud. Il déploya tout ce qui lui restait de commandos (environ 300 gradés et hommes) sur une seule ligne qui allait du Château d’AMFREVILLE à l’ouest jusqu’à la ferme de LONGUEMARE à l’est. Ses troupes ne s’arrêtèrent que quand elles eurent atteint les abords de BREVILLE. ENtre le Château d’AMFREVILLE et BREVILLE il y avait eu les 1400 hommes de deux bataillons de la 12ème SS Hitlerjugend Division.

Dès le début de la contre-attaque du n° 3 Commando, il est bien évident que tout feu en provenance du PLEIN cessât. La Troupe 1 qui s’y trouvait aurait risqué de tirer sur les hommes du Colonel Young. Les deux bataillons SS interprétèrent mal ce silence. Ils crurent à un décrochage. Comme d’autre part ils étaient pris à partie sur leur flanc gauche par la Section K-guns et la troupe 8, c’est sur ces dernières qu’ils dirigèrent leur action. Ce qui explique les pertes subies par les français (3 morts : QM. FOURER, Mat CROIZER, Mat GERSEL et 6 blessés graves : S.M. LAVEZZI, S.M. MARIACCIA, QM CHAUVET, Q.M. LE BRIS, Mat. JUNG et Mat. GRINSPUN). Les allemands ignoraient l’attaque qui se préparait sur leur flanc droit. La configuration du paysage normand permet une utilisation du terrain idéale. Aussi les commandos britanniques furent-ils pratiquement sur eux, sur ce qui était devenu leur arrière, avant qu’ils aient eu le temps de se rendre compte du traquenard dans lequel ils étaient tombés. Il s’ensuivit un désordre indescriptible. Les officiers allemands, pris sous le feu des français, ne pouvaient plus donner d’ordres à leurs « arrières » qui eux étaient en contact direct avec les britanniques. Leur dispositif de combat se trouvait « à l’envers ». C’est, certainement, la raison de leurs très lourdes pertes et de leur échec final.

Dans la soirée, ce qui restait de la Troupe 5 fut replié sur le carrefour des ECARDES.

A 400 mètres plus bas, au carrefour qui joint le chemin vicinal qui va du PLEIN à la route départementale d’Houlgate à Ranville, il y avait une maison où les rescapés de la troupe 5 (16 hommes sur un effectif de 58) trouvèrent un repos qui n’était pas absolument immérité.

Toutefois, ils eurent un réveil brusque et matinal. Les deux sentinelles qui avaient été placées à l’ouest et à l’est de la route départementale dormaient peut-être. Le Second-Maître responsable de ce petit monde dormait certainement. Par contre, les gens de la 12ème HJD voulaient savoir ce qu’il se passait ce matin du 11 juin dans la région qu’on peut délimiter par les noms de Merville, Sallenelles, Le Plein et Amfréville. Comme de bons soldats qu’ils étaient, ils franchirent les lignes alliées et, parce qu’ils étaient courageux, ou que leur chef n’avait pas peur, ils continuèrent leur chemin. C’est ainsi qu’ils parvinrent au carrefour des Ecardes vers 05h00. Ils n’étaient pas plus d’une trentaine. Ils étaient appuyés par deux canons auto-tractés de 88 mm qui avaient emprunté la route de Cabourg. Cette route n’était pas défendue. L’opération fut bien menée. Les 16 Fusiliers-Marins (peut-être moins les 2 sentinelles) ne se réveillèrent que quand le toit commença de leur tomber dessus. Il est vraisemblable que c’était une erreur de faire tirer les canons de 88 mm d’abord. Il eut été préférable, en silence, de pénétrer dans la maison et de tuer tranquillement les dormeurs. Il est inutile de préciser que les dormeurs, dont il est question, tout équipés qu’ils dormaient, ne mirent pas longtemps à se retrouver sur le chemin vicinal qui, en 500 mètres, peut conduire au canal de l’Orne. L’échauffourée coûta aux français un mort (l’Infirmier Pierre VINAT) et quatre blessés graves ( Q.M. LOSSEC, Q.M. RICHEMONT, Mat. Roland GABRIEL et Q.M Félix MAGY. On ne compta pas le nombre de morts et de blessés allemands : l’ordre de rejoindre Hauger fut transmis, à peine les Hitlerjugend avaient-ils tourné les talons. Cet ordre émanait du major Mendey qui avait pris la succession du Colonel Dawson, évacué la veille. Une grenade offensive allemande avait éclaté dans le pied gauche du Matelot GABRIEL. La blessure paraissait insignifiante. Chacun connait ces grenades peintes en vert dont était dotée la Wermacht. La coque est d’aluminium. La charge en poudre n’est pas importante. C’est plus un jouet (un pétard) qu’une arme de guerre. Elle fait penser à l’actuelle grenade O.F. française. Ce n’est pas une chose qu’on voudrait prendre au sérieux. Et pourtant, le matelot GABRIEL manqua mourir une semaine après son évacuation sur l’Angleterre. Les médecins qui le traitaient n’avaient pas pris plus au sérieux cette grenade que quiconque l’a jamais vue. Une nuit, GABRIEL se réveilla dans un lit trempé. Étonné, il alluma et vit que ses draps étaient rouge de sang. Il eut assez de force pour appeler une infirmière. Le garrot puis la transfusion firent le reste.

Et voici ce que Roland Gabriel écrit à Adelaide de Montlaur le 14 juin 1944 :

RG1
RG2

42 ans plus tard, après s’être vus aux cérémonies du 6 juin 1986, Adelaide de Montlaur lui envoie ce petit mot :

RG3

Et la réponse de Roland Gabriel

RG4

Et voici un dessin qui se trouvait rangé avec la lettre du 14 juin 1944 :

Personality

 

 

login
Michael de Montlaur
login
Le 4 septembre 2017 à 22 h 46 min   

J’ai connu Guy de Montlaur pendant 25 ans. En fait pendant 20 ans, les 5 premières ne m’ayant laissé que peu de souvenirs. Je l’ai donc connu comme enfant, adolescent puis jeune adulte.

Enfant, je le regardai peindre, ça ne le gênait pas. Je me mettais quand même à quelques mètres et me faisait discret. Il faisait toujours pareil : d’abord un dessin au fusain sur la toile blanche délimitant des zones comme une carte avec des champs. Ou le dessin figuratif comme sur la photo suivante

DSC01091

 

En cliquant sur cette photo, vous pouvez voir la construction géométrique (ici, le rectangle d’harmonie).

Puis l’application de la peinture au couteau dans chacune de ces zones.

931931 R

Voici une peinture que Montlaur a réalisé dans les années 70 mais qu’il n’a pas achevée. Sur la première photo, la peinture est très abîmée puisqu’elle n’a pas été vernie. La deuxième photo représente la peinture restaurée en 2015. On retrouve le rectangle d’harmonie.

Cette première étape était suivie d’une période plus ou moins longue ou la peinture reposait. Le peintre aussi (peut-être).
Pour ma part, il m’arrivait de le regarder se raser, cela me fascinait… C’était le remplissage d’une seule zone avec le blaireau moussant le savon, puis le rasage proprement dit avec une autre sorte de couteau. Un genre d’action suivi de son contraire que je ne devais pas très bien comprendre, à l’époque.

Ensuite, ce qui n’était qu’une représentation à deux dimensions en prenait une troisième, le volume la 3D l’épaisseur, un peu comme le plan de l’architecte se transpose en bâtiment, des fondations jusqu’à la toiture. Du trait de fusain au glacis. La quatrième dimension, le temps, vient compléter cette affaire et ce n’est pas le plus simple.

Pour le rasage, c’était simple mais minutieux et tous les jours pareil.
Pour la peinture, c’était simple aussi puisqu’il avait tout prévu avant. C’était minutieux aussi et techniquement maîtrisé.
Pour la guerre, c’était simple, minutieux et réfléchi puisqu’il avait aussi tout prévu (objectifs, plans, matériel). Et là, je n’étais pas témoin.

Mais j’ai trouvé ces cartes dans les papiers gardés par mon père :

carte juin 44

Celle-ci pliée de telle façon que la zone Ranville Amfreville Bavent soit rapidement accessible (cliquez dessus pour les détails). Apparemment elle a pas mal servi.

Et celles-là de la région du débarquement de Flessingue (1er novembre 1944) :


20170904_185926

20170904_185218
Ces deux cartes montrant la zone correspondant au texte suivant :
 » Le 12 novembre, les 3 Royal Marine Commandos et le n° 10 Commando Interallié (Hollandais, Belges, Norvégiens et Allemands anti-nazis) n’étaient pas arrivés à nettoyer le nord de Walcheren. Il fut décidé que le Commando franco-britannique serait chargé de l’opération et pousserait jusqu’à  Vrouenpolder.
Partis de Dombourg à 01h00 ils atteignaient  Vrouenpolder à 08h00 après avoir ratissé tous les blockhaus. Du nort au sud les français étaient dans l’ordre suivant : section MONTLAUR, section SENEE, section CHAUSSE, section HULOT. Les troupes britanniques étaient plus à l’intérieur des terres. Le dispositif n’était plus qu’une grande vague d’assaut, sans couverture. Le 13 novembre à 09h00,  Vrouenpolder était pris. … » 

Alors ces cartes devaient être dans son barda qu’il porte sur cette photo :
Buskenstraat

Cette photo a été prise à Flessingue sur Buskenstraat avant le 8 novembre 1944 puisqu’Daily Sketch nov 8 1944elle fut publiée dans le Daily Sketch le 8 et vue ce jour là par ma mère en Angleterre qui fut (un peu) rassurée sur la santé de son mari !

Tout ça pour dire que c’est ce même Guy de Montlaur qui savait ce qu’il faisait, au moins en ces trois situations, même quand il se rasait.

 

login
Michael de Montlaur
login
Le 2 avril 2015 à 17 h 41 min   

Voici une lettre écrite par Guy de Montlaur un peu plus de deux semaines après le débarquement à Flessingue, le 19 novembre 1944.

Here is a letter written about two weeks after landing in Vlisssingen on November the 19th, 1944.

19 11 44 1

19 11 44 2

19 11 44 3

 

19/11/44

My dear Tiddlywinx,

I must tell you first I’ve been in a very bad mood for the past few days and that I’m not still very brilliant. So you will excuse me if you find my letter boring and pale.
I don’t have any particular trouble of my own. I just feel fed up and think the war is more boring then ever. As I said before, the only thing to do in the army is to fight, there is no fun unless you play with Germans. Or, I wish I had a « planque » somewhere and live with you, instead of living by myself like a dope. Though, I should be more cheerful: this morning I read a 3 day old paper and saw the news were pretty good. Isn’t it good that 9th American army in Aachen ? It sounds silly to say: I wish it’s all over in a short time and Germany collapses at once, because many people on the world, but the dopey Germans, have the same thought. But what on earth to be wished for the immediate future?
I forgot to tell you I had received « Voici » and « Transatlantic ». I found the latter quite interesting and well edited. I think the article on Roosevelt is very ???? – and the one on the American press taught me many things I didn’t know. I didn’t have time up to now to read « Voici », being a Troop leader (!) until tomorrow night. I hope I’ll have some time to do it anyway though I think I’m going to be pretty busy shortly
Isn’t it funny: I got a letter from you telling me about the Consulat de France and my photo in the Daily Sketch (I must make sure whether it is the Daily Sketch or any other paper) just the day after I sent you a letter about the same two things. This morning I received the letter you wrote me on your way to London, and the previous one.
By now, I can imagine you « frisée comme un mouton » – and with glittering finger nails. How is Adolphe or Hippolyte or whatever your hairdresser’s name is ? and how is the Queen and the royal family ?
It’s funny, you see, I don’t feel a clever man now (by no means) but my mood is less bad, since I’m writing you. I’m afraid the strain of reading my literature (you reading it, I mean) is going to pay for my good temper.
Sibyllam darling I love you so much and I’m so sorry I can’t do anything for you now. I’m afraid you would get fed up and bored. It is not very gay the sort of life you have now. I’m glad you get along well with Mrs Unwin: I’m sure she is very charming – and I’d like to meet her. I hope the nurse will be able to come to Seaford for Christmas, because I’m sure I won’t be home by the time. Have you received any letters from your family? It was very good of you to write mother: she will be delighted.
I ordered some photos which have been taken on the 6th of June and the following days. I don’t know when we’ll get them.
My darling Tiddlywinx, kiss Winxam for me. I hope she is a good little girl.
I love you
Guy

DailySketchGdM

Photo en une du Daily Sketch du 8 novembre 1944

Ma chère Tiddlywinx,

Je dois d’abord te dire que j’ai été de très mauvaise humeur ces derniers jours et que ça ne s’est guère amélioré. Alors pardonne moi si tu trouves que ma lettre est ennuyeuse et insignifiante. Je n’ai pour ma part pas de problème particulier. J’en ai juste un peu assez et je pense que la guerre est plus ennuyeuse que jamais. Comme je l’ai déjà dit, la seule chose à faire dans l’armée est de se battre, rien n’est amusant si ce n’est de jouer avec les allemands. Sinon, j’aimerais bien avoir une « planque » quelque part où je pourrais vivre avec toi, au lieu de vivre tout seul comme une andouille. Je serais alors peut être plus joyeux. Ce matin j’ai lu le journal d’il y a 3 jours et j’ai vu que les nouvelles étaient plutôt bonnes. C’est plutôt bien que la 9ème armée américaine soit à Aix la Chapelle, non ? Ça parait bête à dire mais j’espère que tout cela finisse au plus vite et que l’Allemagne s’effondre d’un seul coup, parce que beaucoup de peuples sur toute la terre, excepté ces idiots d’allemands, doivent penser la même chose. Mais que diable faut-il espérer dans un futur proche ?
J’ai oublié de te dire que j’ai reçu « Voici » et « Transatlantic ». J’ai trouvé ce dernier assez intéressant et bien rédigé. Je trouve que l’article sur Roosevelt est très ???? et celui sur la presse américaine m’a appris beaucoup de choses que je ne savais pas. Je n’ai pas eu le temps jusqu’ici de lire « Voici », maintenant que je suis Chef de Troupe (!) jusqu’à demain soir. J’espère quand même que j’aurai le temps de le lire mais je pense que je risque d’être bientôt assez occupé.

C’est bizarre, j’ai reçu ta lettre à propos du Consulat de France et de ma photo en une du Daily Sketch (je dois vérifier si c’est bien le Daily Sketch ou pas) le lendemain du jour où je t’ai envoyé ma lettre sur les deux mêmes sujets. Ce matin j’ai reçu la lettre que tu m’as écrite en allant à Londres, et celle d’avant.
En ce moment, je t’imagine « frisée comme un mouton » – avec des ongles scintillants. Comment va Adolphe ou Hippolyte, ton coiffeur comment s’appelle-t-il déjà ? Et comment va la Reine et la famille royale ?
C’est drôle, tu vois, je ne me sens pas spécialement malin en ce moment, mais maintenant que je t’écris, mon humeur est moins maussade. J’ai peur que l’effort pour lire ma littérature (je veux dire toi, la lisant) sera la rançon de ma bonne humeur.
Sibylle chérie je t’aime tellement et je suis si triste de ne rien pouvoir faire pour toi maintenant. J’ai peur que tu en ais assez et que tu t’ennuies. Ce n’est pas très gai la vie que tu mènes en ce moment. Je suis content que tu t’entendes bien avec Mrs Unwin. Je suis sûr qu’elle est charmante et j’aimerai bien la rencontrer. J’espère que la nurse pourra venir à Seaford pour Noël, parce que je suis sûr que je ne serai toujours pas rentré à la maison. As-tu reçu des lettres de ta famille ? C’était bien que tu écrives à Maman, elle sera ravie.
J’ai commandé des photos prises le 6 juin et les jours suivants. Je ne sais pas quand on les recevra.
Ma chérie Tiddlywinx, embrasse Winxam pour moi. J’espère qu’elle est une gentille petite fille.
Je t’aime
Guy

 

login
Michael de Montlaur
login
Le 1 avril 2015 à 13 h 51 min   

Voici une lettre que Guy de Montlaur écrit à sa belle sœur Alexandra Outram le 15 octobre 1944, deux semaines avant le débarquement en Hollande avec le N° 4 Commando.

A letter from Guy de Montlaur to Alexandra Outram, his sister in law, written on October 15th 1944, two weeks before landing in Holland with N° 4 Commando.

 

GdeM 44 10 2

GdeM 44 10 3

GdeM 44 10 1

 

15 octobre 1944

Chère Alex,

Cela fait longtemps que je voulais t’écrire. Si je ne l’ai pas fait jusqu’ici, ce n’est pas par paresse ou que je ne pense jamais à vous deux : j’étais vraiment pas mal occupé.
Mais maintenant que j’ai un peu de temps devant moi, je peux enfin te dire à quel point je vous suis reconnaissant pour ce que vous avez fait pour Sob*. Et ça ne m’ennuie pas du tout, tu peux me croire.
Inutile de te dire à quel point j’aurais été inquiet en juin et juillet dernier si je n’avais su que vous vous occupiez de Sob, si elle avait été « abandonnée sur une île déserte ». Quand je suis revenu en permission en septembre, tu faisais les tâches les plus assommantes de la façon la plus joyeuse possible. Et quelles tâches, mon Dieu ! J’en ai eu un aperçu quand tu es partie. Je me demande ce qu’aurait fait Sob sans toi.
Je crois que je ne peux pas assez te remercier pour tout ça.
Je suis désolé de n’avoir pas pu voir Eric pendant cette permission. J’espère qu’on aura l’occasion de se voir, pas en permission mais dans la vraie vie, la vie humaine. Et pas dans cette espèce de misérable demi-vie qu’on a dans l’armée.
Je ne m’amuse pas beaucoup en ce moment. J’espère que ça reviendra un jour : il n’y aucune raison de s’amuser dans l’armée, à moins d’inviter quelques allemands pour jouer avec vous.

Mes meilleurs vœux à toi et à Eric.

Guy

Lieutenant Guy de Montlaur
6 Troop
N° 4 Commando
B.L.A. (British Liberation Army)

* Sob est le surnom que donnait sa famille à Adelaide
Eric est le mari d’Alexandra dont le surnom est Cully
La troisième sœur est Elizabeth (Bizzy)

The 3 Oates Sisters

Sob, Cully and Bizzy

 

login
Michael de Montlaur
login
Le 21 janvier 2014 à 12 h 23 min   

Faut-il garder les peintures de Guy de Montlaur ou les faire connaître ?

Les garder pour qu’il y en ait toujours accrochées à nos murs, nous protégeant du vide. Le vide laissé par GdM qu’on avait pris l’habitude de voir produire, peindre encore et encore. A chaque nouvelle œuvre, comme un accouchement, par le siège évidemment, jamais simple. Et une première impression négative : c’est moche un nouveau-né. Parce que c’est nouveau et toujours différent de la peinture précédente. Il nous fallait du temps pour goûter à petites doses d’abord, c’était acide, parfois violent, puis, au cours du temps, en s’approchant, en vivant avec, en étant sous l’emprise, influencé, endoctriné, drogué, mais libre finalement, une émotion. Souvent un rejet, lié au rejet du père, évidemment, mais ensuite un amour infini. Quarante ans après, en feuilletant les toiles dans le grenier où elles attendent, l’impression n’est plus la même. Sauf si on les sort, comme au premier jour, dehors, au soleil : il faudrait une éternité pour les contempler toutes. Mais une seule, prise au hasard, peut faire revivre l’émotion de la première fois, fugace, terrible, magnifique.

Sans titre - Années 50 - Nice

Alors on a essayé de faire partager ce que les mots peuvent à peine dire. Avec réussite concernant le premier cercle, famille, amis. Et ce n’était pas gagné. Les plus belles surprises sont venues de ceux et celles que l’on croyait complètement hermétiques à cette peinture. Le temps à patiné le rejet initial. Comme le vin qu’on déteste la première fois et qu’on déguste l’âge aidant pourvu qu’il soit bon. Cette reconnaissance des proches qui n’ont pas connu la genèse nous conforte dans nos sentiments. Mais cela ne nous suffit pas et nous voulons l’élargir.

Là commencent les problèmes : expositions, ventes, catalogue, stockage, partage, dispersion, dégradation, restauration, encadrement, base de données, fiches, textes, biographies,… j’en oublie. Faut-il tout faire à la fois ? Faut-il faire un fonds ? Faut-il partager puis que chacun décide à sa façon ? Faut-il sous-traiter ? Faut-il faire un don à un musée, à une fondation ? Faut-il ne rien faire ?

« Les endroits les plus brûlants de l’enfer sont réservés à ceux qui restent neutres… » (Dante Alighieri ma citation favorite)

En plus de tout ce qu’on a à faire dans la vie normale, ne pas oublier de hurler, de s’indigner, de critiquer, de s’engueuler, mais aussi de s’apaiser, de proposer, de construire, de commencer, de changer, de poursuivre, et d’essayer tout le reste qui mûrit dans la tête. La concertation nécessaire sera probablement bancale et les décisions forcément imparfaites. L’erreur est préférable à l’inaction.

Nu 1936

login
Michael de Montlaur
login
Le 11 novembre 2013 à 18 h 16 min   

Aujourd’hui 11 novembre 2013, beaucoup de confusion. Les néo-nazis et vieux fachos conspuent le président de la République avec un ridicule bonnet rouge sur la tête. Ne pas confondre avec le bonnet phrygien, symbole de la République que les pré-cités abhorrent. Comme toujours ils s’approprient de purs symboles les uns par pure bêtise,  les autres pour mieux le détruire et détruire la République.

Je me souviens… Dans les années 60 et 70, j’ai commencé à être anti-militariste. Né après guerre, en 1952 pour être précis, j’avais 16 ans en 68 et j’ai rencontré beaucoup de gens qui en avaient soupé de ces commémorations et défilés d’anciens combattants de 14-18, « la vraie » comme on disait à l’époque et celle de 39-45 (la fausse ?). J’étais, je pensais, en opposition totale avec Guy de Montlaur ; comment pouvait-il en être autrement à 16 ans. Il me le rendait bien en se moquent gentiment de notre petite révolution.

Mais lui-même, finalement, ne l’était-il pas aussi, anti-militariste ? Certes, dans le feu de l’action il a aimé être au combat. Mais la hiérarchie, qu’en pensait-il ? Le 6 juin 1944 quand il a fallu remplacer Guy Vourc’h blessé sur la plage, il s’est vite aperçu que le plus gradé désigné n’était pas à la hauteur. Il a décidé de prendre les choses en main. Avec l’efficacité dont ses camarades ont pu témoigner. Ah oui, mais ils sont morts maintenant. Tant pis il faut maintenant me croire, il me l’a dit et il ne mentait pas. Il faut donc savoir parfois piétiner la hiérarchie.

Et se méfier des commémorations, défilés, médailles et tutti quanti. L’important pour lui, et je le répète encore une fois sur ce blog, c’était de virer les nazis. Mais commémorer quand même pour éviter la désinformation, voire le révisionnisme. Quand un membre du front national se prosterne devant la tombe de De Gaulle, l’esprit du grand homme doit un tantinet pester et avoir envie de vomir…

En souvenir de l'Allemagne européenne - septembre 1971

 

Et 14-18 alors ? Le père de mon père, comme quasiment tous les français en âge d’être mobilisés, l’a faite. Personne n’avait le choix. Il en est sorti, disons, diminué… Notamment par le gaz moutarde. Une septicémie l’a emporté en 1929 à l’âge de 50 ans. Toutes les familles françaises ont eu des morts dans cette sale guerre. Les combattants doivent être honorés. C’est bizarre de commémorer le début d’une guerre qui n’aurait jamais dû avoir lieu mais au moins on parle des sacrifiés…

Faut-il pour autant condamner les déserteurs de 14-18 ? N’en fallait-il pas du courage pour refuser de tuer des êtres humains ?

Pour la deuxième guerre mondiale on peut aussi reprendre la citation de l’enfer de Dante : les endroits les plus brûlants de l’enfer sont réservés à ceux qui restent neutres aux époques de crise morale. Et condamner par là même une très grande partie de la population française.

Cette même citation peut aussi suggérer un point de vue opposé quand il s’agit de la guerre du Vietnam :

« J’ai choisi de prêcher sur la guerre du Vietnam parce que je pense, comme Dante, que les endroits les plus brûlants de l’enfer sont réservés à ceux qui restent neutres aux époques de crise morale. Il y a un moment où le silence devient trahison. La vérité de ces paroles ne fait pas de doute mais la mission à laquelle elles nous appellent est des plus difficiles. Même quand ils sont poussés par les exigences de la vérité intérieure, les hommes n’assument pas facilement la tâche de s’opposer à la politique de leur gouvernement, surtout en temps de guerre. Et l’esprit humain a énormément de peine à secouer toute l’apathie de sa pensée conformiste et de celle du monde qui l’entoure. De plus, quand les questions sont aussi compliquées que celles de cet effroyable conflit, nous sommes toujours sur le point de nous laisser hypnotiser par l’incertitude. Mais nous devons avancer. » Martin Luther King: «Pourquoi je suis opposé à la guerre du Vietnam» Sermon prononcé le 30 avril 1967 dans l’église baptiste Ebenezer d’Atlanta (Géorgie).

En souvenir de Sandro qui a essaye de m'apprendre la peinture

Alors, contradictions ? Oui. On ne peut pas avoir une vision manichéenne des situations politiques dans lesquelles nous nous trouvons au cours de notre vie. Par exemple, j’ai hurlé contre De Gaulle en 68, comme tout le monde. Entre autre pour que le système éducatif soit moins sclérosé puisque j’étais lycéen. Ça ne m’empêche pas d’avoir une grande admiration pour le symbole de liberté et de résistance qu’il représente.

Confusion ? Non. Que ceux qui manipulent l’histoire soient combattus. Avec des mots, de préférence.

login
Michael de Montlaur
login
Le 6 juin 2013 à 14 h 49 min   

Parfois, j’éprouve un peu de lassitude sur ce que je fais sur ce blog, je me demande à quoi ça sert, j’ai l’impression d’apporter une toute petite miette dans un océan infini.

Pourquoi parler du passé, des vieilles histoires, des anciens combattants, des batailles du siècle dernier ?

Et puis je me suis souvenu d’une peinture qui s’appelle :

 

Soyons raisonnable - 1964

Soyons raisonnable. Il y a bien sûr de l’ironie dans ce titre, surtout quand on aperçoit la croix gammée. Le message est clair : écraser la vermine nazie est tout juste raisonnable, vous verrez quand je serai vraiment en colère.

Alors oui, je continuerai à raconter l’histoire de ce peintre pas commode qui aimait se battre et dont le combat était juste.

Surtout que…

Vingt ans après, en 1964, et aujourd’hui, 69 ans après, et cette nuit, un jeune étudiant assassiné par quelques nazillons.

Eh ! Les gens ! On se réveille ? On crie, on hurle, on se bat ? Ou on reste raisonnable, comme 95% des français en 1940 ?

 

6 of June, for ever

Sometime I am tired and I think it is useless to write all these old stories on this blog. I am talking to the wind, the veterans are nearly all dead and the XXth century battles are obsolete.

And I remembered a painting named :

 

Soyons raisonnable - 1964

 

 

Let’s be reasonable. Of course there is a certain amount of irony in this title, especially when you see the swastika. The message is evident : the eradication of the Nazi vermin is only reasonable, just wait until I get really angry.

So, OK,  I will go on telling the story of this painter, not often easy, who loved fighting fair battles.

Especially today…

This painting realised twenty years after, in 1964, today 69 years after and this night, in Paris, a young student beaten to death by a few young nazi who think they are funny.

Hey ! People ! Wake up ! Let’s shout let’s yell let’s fight ! Otherwise the risk is to stay reasonable, like 95% of the french people did in 1940.

login
Michael de Montlaur
login
Le 22 mai 2013 à 9 h 39 min   

Mercredi 29 mai à partir de 14h 15.
à l’hôtel Drouot
Drouot Richelieu – Salle 4 9 Rue Drouot – 75009 Paris
2 peintures de Guy de Montlaur sont mises en vente, les lots 136 et 137.

 

COMPOSITION, 1950 Huile sur toile, signée bas à droite, signée, datée et située Nice au dos 100 x 65 cm

Et

 

COMPOSITION, 1950 Huile sur toile, signée en bas à gauche, signée, datée et située Nice au dos 100 x 65 cm

Enchérissez en direct sur www.drouotlive.com

 

Propulsé par WordPress   |   Template réalisé par Graphical Dream
Haut de page